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La loi contre la fessée : ce qu'en pense Aldo Naouri

 

(Photo AFP)

La proposition de loi d'Edwige Antier, pédiatre et députée UMP, au sujet de l'interdiction de la fessée a été refusée par Xavier Bertrand. Voici l'avis du pédiatre Aldo Naouri concernant ce projet de loi très controversé.


Que pensez-vous de l'idée d'Edwige Antier d'interdire la fessée par la loi ?

Cela n'a aucun sens. Les parents d'aujourd'hui ont été réduits à l'impuissance. Ils sont déjà surinformés, conseillés de toutes parts. On leur serine quantité de choses sur leur enfant en faisant de lui un être fragile qu'un rien peut détruire. Ils n'osent plus faire quoi que ce soit d'euxmêmes. Et voilà qu'on voudrait que même l'Etat s'en mêle ! On est là dans un domaine privatif dans lequel l'Etat n'a pas à intervenir. En outre, comment faire appliquer une telle loi ? Comme il s'agit de petits, faudrait-il leur enseigner comment dénoncer leurs parents, ou bien encourager le voisinage à la délation ? Je signerais demain une tribune, une pétition, un livre contre la fessée avec Mme Antier. Mais une loi, non !

Vous êtes contre la fessée ?

Je le dis clairement et je l'ai écrit : la fessée, comme toute autre forme de châtiment corporel fût-il une tape sur la main , doit être proscrite. Il n'est pas question de battre un enfant. C'est attentatoire à sa dignité et au respect qui lui est dû. Et d'ailleurs, que répond l'enfant quand il reçoit une fessée ? « Même pas mal ! », atteint dans son amourpropre et profondément vexé. Si on doit le punir, et c'est inévitable, la seule façon de le faire est de l'isoler. C'est bien suffisant. Les enfants souffrent de quantité de choses qui sont bien plus traumatisantes qu'une fessée. Toutes les mères, par exemple, ne peuvent éviter de forcer un enfant à manger. Faudrait- il faire une loi pour interdire cela aussi ? Même chose pour ces parents qui veulent à tout prix mettre un enfant sur le pot avant l'âge de 2 ans, ce que tous les pédiatres déconseillent. L'Etat doit-il intervenir ? Ça suffit. Le métier de parent est un métier extrêmement difficile et il y a déjà suffisamment de sonnettes d'alarme paralysantes. Il est inutile d'en rajouter et d'altérer un peu plus la responsabilité et l'esprit d'initiative.

D'autres pays, y compris en Europe, se sont pourtant dotés de telles lois…

S'il fallait copier tout ce que font nos voisins... Savez-vous qu'aux Pays-Bas, il existe un parti politique pédophile qui a une existence officielle et pignon sur rue ? Et que dire de cette loi, qui a été votée il y a une vingtaine d'années en Allemagne, interdisant de coucher les nourrissons autrement que sur le ventre ? A cette époque-là on pensait que c'était le meilleur moyen de prévenir la mort subite du nourrisson. Cette position est aujourd'hui proscrite parce qu'il a été prouvé qu'elle majorait le risque de mort subite. Alors, les pays voisins... Mais je suis sans illusions. Déjà, en 1989, avec 14 autres spécialistes, nous nous étions prononcés à l'unanimité contre la ratification par la France de la Convention sur les droits de l'enfant lorsque le Premier ministre de l'époque, Michel Rocard, nous avait consultés. Nous pensions déjà pour bon nombre d'articles de cette convention, que les Etats n'avaient pas à intervenir dans la sphère privée. Nous avons appris que la France l'avait ratifiée six mois avant de nous consulter.

Comment vont les parents et les enfants de 2009 ?

Les parents vont très mal et, quand les parents vont mal, les enfants vont mal aussi. Car ils perçoivent le monde tel qu'on le leur donne. Eduquer un enfant consiste à l'aider à réfréner ses pulsions, à lui poser des limites. Pour cela, il est urgent de restaurer le pouvoir intuitif des parents et leur donner confiance en eux-mêmes. Une loi antifessée, ou anti-tout autre chose d'ailleurs, ne ferait qu'aggraver leur situation.

Aldo Naouri, pédiatre, est l'auteur de nombreux ouvrages sur les rapports parents-enfants. En 2008, il a publié Eduquer ses enfants, l'urgence aujourd'hui (Odile Jacob), dans lequel il prônait le retour de l'autorité.

(Le figaro.fr)

 

Commentaires  

 
0 #1 17-09-2011 13:18
Restaurer l'autorité, sans doute, mais selon quelles modalités d'exercice. Celles qui s'exprimaient encore , il y a un demi-siècle, aux temps où l'éducation se passait d'explications, verticalement , pleinement, sur le champ et sans contestation possible. La crise de l'autorité est globale et atteint le sommet de l'Etat quand un président se laisse aller à répondre de façon injurieuse à un citoyen qui lui a manqué de respect. L'autorité nécessaire impose à la société civile d'inventer de nouvelles modalités d'exercice qui prennent en considération le changement de statut de l'enfant considéré comme un être de langage auquel les parents parlent très tôt en s'efforçant de se faire comprendre. Si trop de parents pensent que la parole devrait permettre de dépasser tous les conflits possibles et inéluctables, il reste que depuis que la passivité psychique de l'enfant a été profondément remise en cause , la socialisation de l'enfant n'est plus envisagée sous le seul angle de la société .
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Hyperactivité : le sommeil en cause ?

Le déficit d’attention et l’hyperactivité forment un duo dont les conséquences, en l’absence de prise en charge adaptée, peuvent être néfastes. Une série d’études montre de nombreuses associations entre ce syndrome et les troubles du sommeil, ouvrant de nouvelles pistes de traitement.

Il bouge, il s’agite, il parle tout le temps, c’est une « tornade »… mais avant tout, le gros problème de l’enfant ou de l’adulte « hyperactif », c’est qu’il n’arrive pas à se concentrer. Résultat : il est gêné dans les apprentissages, dérange ses proches, et ses difficultés affectent tous les domaines de sa vie quotidienne. Le trouble déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) est un trouble de la vigilance. Le cerveau n’est pas assez « éveillé » et le patient se comporte comme s’il devait lutter contre la fatigue, d’où l’agitation et le manque de concentration.

Près de 200 000 enfants pourraient être concernés, de façon plus ou moins importante. Le TDAH est un problème de santé publique, car il entraîne dans de nombreux cas un échec scolaire, mais aussi des difficultés psychosociales, affectives et professionnelles – chez les enfants, puis à l’âge adulte. Il s’agit en effet d’un trouble développemental, évoluant tout au long de la vie. Il serait dû à un mauvais fonctionnement de la circulation de l’information dans le cerveau, via les neurotransmetteurs, notamment au niveau des systèmes dopaminergiques et noradrénergiques.

L’hyperactivité est souvent associée à des troubles du sommeil, un lien encore souvent méconnu par les médecins. Chez l’enfant, ce peuvent être des difficultés d’endormissement, ou du maintien du sommeil nocturne. On peut aussi observer, chez l’enfant comme chez l’adulte, un « syndrome des jambes sans repos ». Un besoin irrépressible de bouger les jambes empêche le patient de s’endormir, et s’il y arrive, ses jambes échappent à son contrôle et bougent sans arrêt : on parle alors de « syndrome de mouvements périodiques des membres inférieurs ».
A l’Hôpital Robert Debré (AP-HP), le Dr Eric Konofal étudie depuis 10 ans les liens entre les troubles du sommeil et le TDAH. Ses recherches ont montré une augmentation de 30% de la motricité au cours du sommeil chez les enfants présentant un TDAH. Ces derniers ont également tendance à somnoler durant le jour – tout en s’agitant pour se maintenir éveillés – ce qui aggrave leur trouble.

Les études sur le sujet ont montré qu’une baisse des réserves de fer dans l’organisme pouvait être lié au déficit d’attention avec hyperactivité, tout comme aux troubles du sommeil, car le fer est impliqué dans le bon fonctionnement du système dopaminergique. Le Dr Konofal a ainsi retrouvé un manque de fer chez 84% des enfants « hyperactifs » participant à son étude.
Suite à ces résultats, un traitement de sulfate de fer pendant 3 mois a amélioré significativement leurs symptômes. D’autres recherches sont menées pour savoir si un apport de fer pourrait diminuer les troubles du sommeil.

Pour en savoir plus : http://www.thada-france.org/

(Flavie Chatel-Baudrier AP-HP)

 

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